Les photos retouchées du World Press Photo

 

Alors que le palmarès du 58e World Press Photo a été dévoilé jeudi 12 février, le directeur de la fondation organisatrice, Lars Boering, pose un constat accablant sur l'utilisation abusive de la retouche numérique des photographies de presse. Dans une interview au magazine Time, il affirme que près de 20 % des photos soumises au dernier tour du prestigieux concours ont été disqualifiées après que des experts ont repéré des travaux “manipulés”.

 

“Les règles de notre concours établissent clairement que le contenu de l’image ne doit pas être modifié, affirme Lars Boering.

 

Le jury de cette année était très déçu de découvrir à quel point certains photographes avaient été négligents dans la post-production de leurs images, déplore-t-il. Lorsque le photographe avait retiré ou ajouté des éléments de l’image, la photo était disqualifiée du concours.”

 

L’an dernier, Gary Knight, président du jury de l’édition 2014 du World Press Photo, affirmait au Monde que la fondation avait édicté un ensemble de règles plus sévères pour palier le problème des photos manipulées :

 

“Au quatrième tour de la compétition, nous faisons appel à des experts qui contactent tous les photographes présélectionnés pour leur demander leurs fichiers originaux [raw files : les fichiers numériques bruts avant traitement informatique] et faire des recherches.”

Le nouveau directeur de la fondation, Lars Boering, précise : “D’après les règles du concours, seules les retouches conformes aux normes acceptées dans la profession sont autorisées, et le jury est le dernier arbitre de ces normes.”

"Une réalité qu'il ne faut pas manipuler"

 

Ces règles, pourtant consignées dans un rapport de la fondation, ne sont cependant pas aussi simples :

  • toute modification pouvant tromper le lecteur est interdite ;

  • seules les retouches réalisées avec un outil de duplication dans un logiciel de retouche afin de supprimer les poussières présentes sur le capteur de l'appareil photo (ou sur le négatif lors de sa numérisation) sont autorisées ;

  • le floutage de certains visages, pour des raisons juridiques, est autorisé ;

  • les retouches telles que l'ajustement des couleurs et des contrastes, la conversion en noir et blanc ou les recadrages sont acceptés tant qu'ils ne sont pas considérés comme excessifs ;

  • les photos ne doivent pas avoir fait l'objet d'une mise en scène.

 

Pour Marie Sumalla, rédactrice photo au Monde et membre du jury du World Press Photo 2014, définir une règle précise est une tâche compliquée.

 

“La tolérance qu’il faut avoir est inhérente à la technologie, reconnaît-elle. La limite est du coup très subjective, elle pourrait en fait se définir comme une réalité qu’il ne faut pas manipuler. On fait du journalisme, on est là pour témoigner de la réalité, pas pour faire de l’esthétique au sens artistique.”

 

Sur le site du Time, le directeur du World Press Photo constate tristement que la pratique a tendance à s'étendre :

 

“Il semble que certains photographes ne peuvent pas résister à la tentation d’améliorer esthétiquement leurs images au cours de la post-production, soit en retirant de petits détails pour "nettoyer" une image, soit parfois par une retouche des couleurs, ce qui constitue un changement important pour l'image. Ces deux types de retouche compromettent clairement l'intégrité de l'image.”

 

Cette année, près de 100 000 images ont été soumises au jury par 5 692 photographes de 131 pays. Le jury a choisi de récompenser 42 photographes de dix-sept nationalités différentes dans huit catégories.

 

Il faut dire que le jury du prestigieux prix photographique a durci ses critères depuis 2013.

A l’époque, le lauréat du prix fut au cœur d’une polémique. On l’avait accusé d’avoir abusé d’un logiciel de retouche numérique pour éditer sa photo représentant une scène de guerre à Gaza, après un raid israélien en novembre 2012, dans le but de la rendre plus dramatique. "Une postproduction réussie est une postproduction qui ne se remarque pas. En l'occurrence, la retouche est visible", résumait dans Le Nouvel Observateur Patrick Baz, responsable régional de l'AFP photo en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

 

Source : Le Monde

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